Si je change, qu'adviendra-t-il de moi?

Se lancer dans un travail sur soi dans le cadre d’une thérapie n’est pas chose facile. Tout travail thérapeutique implique des changements. Face à cette perspective de changement, beaucoup s’interrogent.

On sait comment on rentre dans l’aventure de la thérapie.

C’est en effet une démarche volontaire. On prend la décision de commencer un travail thérapeutique et on y est souvent poussé par certaines situations difficiles, un besoin d’aide ou le désir d’explorer qui on est pour pouvoir grandir.

Tout travail thérapeutique examine alors notre propre fonctionnement.

Cela implique donc la remise en question de certaines de nos manières de penser et de voir les choses, de gérer nos émotions, de nous comporter. Et cette remise en question nous aide à identifier nos ressources mais aussi ce que nous souhaiterions changer en nous-mêmes.

On ne sait pas comment on va ressortir de l’aventure…

Face aux changements que nous souhaitons opérer en nous-même, c’est l’inconnu qui se profile…On sait que l’on cherche à changer en profondeur mais on ne sait pas encore à quoi cela va aboutir. On m’a souvent fait part de questions sur ce processus de changement : une crainte fondamentale revient souvent. Si je change, est ce que je serai encore moi-même ? Est ce que je vais perdre un peu de mon identité dans ce processus?

 

J’aimerais apporter ici quelques éléments de réponse et de réflexion. En effet, la peur est un obstacle au changement. Je crois que, pour pouvoir s’engager à part entière dans une aventure telle qu’une thérapie et les changements qui l’accompagnent, il est essentiel d’être rassuré et confiant par rapport au chemin que l’on prend. Savoir que ce chemin ne va pas nous faire perdre notre identité.

 

N’importe quel changement implique que l’on va lâcher prise de quelque chose, le quitter, y renoncer …pour développer quelque chose d’autre.

Quand on parle de changement par rapport à soi, à son mode de fonctionnement, il n’est pas étonnant que l’on craigne de devoir en fait renoncer à une partie de qui on est. C’est d’ailleurs une question qui se pose aussi dans le cadre de la relation aux autres : comment rester soi-même tout en faisant des compromis avec ceux qui nous sont proches, que l’on aime, pour pouvoir construire des relations justes. Là aussi, certains font l’expérience de se perdre, et ne savent pas trop où se situe la limite entre changer en restant fidèle à soi-même, et changer en se perdant petit à petit.

A travers un travail de thérapie, l’objectif est au contraire de trouver son chemin pour pouvoir grandir, s’épanouir et se développer.

Plutôt que de se perdre, il s’agit de découvrir qui on est. A travers les changements sur lesquels on peut travailler dans ce cadre, c’est plutôt ce qui fait obstacle au développement de notre identité que l’on va perdre.

Carl Rogers, psychothérapeute humaniste, estime que toute personne porte en elle une dynamique positive tournée vers l’actualisation de ses capacités et le développement de son potentiel tout au long de sa vie. Le travail thérapeutique vise à aider la personne à identifier et écarter les obstacles qui se trouvent sur son chemin afin qu’elle puisse grandir librement. En effet, une fois les obstacles écartés, les capacités et le potentiel de la personne prendront le dessus pour la faire grandir et mûrir.

 

On a peur de perdre une part de notre identité parce que l’on confond souvent les obstacles à notre développement avec notre identité.

Souvent, les choses qui nous empêchent de nous épanouir et de grandir librement sont des mécanismes de défense que l’on a mis en place pour pouvoir surmonter des blessures profondes, des situations très difficiles, des émotions insupportables. Ces obstacles peuvent être également des messages explicites ou pas, que l’on a entendus et intégrés au cours de notre vie et qui ont structuré la vision que nous nous faisons de nous-mêmes, de nos capacités, et des autres. Ces mécanismes et cette vision entraînent certaines manières de penser et de percevoir les choses, et certains comportements. Quand ces derniers se sont installés et ancrés en nous pendant des années, ils forgent notre manière de nous relier à nous-même et au monde autour de nous. Rien d’étonnant à ce qu’on les prenne pour une partie de notre identité… et que, du coup, on ait peur de les perdre.

Certaines expériences de notre vie peuvent susciter des émotions tellement difficiles à exprimer ou à gérer que nous concentrons toute notre énergie à nous défendre contre elles.

Comme l’exprime de manière si juste un homme dans Chemins de vie d’Alice Miller*, notre sensibilité à tant de choses importantes et vitales « s’éveille sans doute à l’instant où nous cessons de nous défendre contre notre propre histoire. » Au cours d’une thérapie, c’est en travaillant ensemble que peu à peu, on arrive à surmonter les peurs qui nous empêchent d’affronter ces émotions et à ne plus perdre d’énergie à surveiller qu’elles restent verrouillées. Cette énergie peut alors être investie dans le développement de notre identité. Une thérapie contribue à l’extension du moi et non pas l’inverse. Elle aide à faire émerger notre individualité et notre potentiel et non pas à nous « formater » par rapport à des comportements et des manières de penser prédéfinies. Elle vise au contraire à nous libérer pour que chacun de nous puisse laisser son identité profonde exister pleinement et s’affirmer, au lieu de vivre enfermé, limité et oppressé par ses propres obstacles.

 

*Alice Miller, docteur en philosophie, psychologie et sociologie, est l’auteur de nombreux livres sur la maltraitance des enfants et leurs répercussions à l’âge adulte.